Comment faire caca?

C’est arrivĂ© Ă  chacun d’entre nous : on se promène entre les blocs, un Ĺ“il sur le topo, de plus en plus convaincu qu’on s’Ă©loigne, et paf, on met le pied dedans : visiblement, quelqu’un a trouvĂ© l’endroit adaptĂ© pour poser sa merde, savamment recouverte de quelques feuilles de papier rose vif. Le quidam Ă©tant (Ă©videmment…) un « ami de la nature », il a vaguement recouvert la chose de quelques feuilles et branchages, voir d’une pierre (ben oui, pour pas que le papier s’envole).

Suivant la datation de l’Ĺ“uvre, sa composition, la localisation et la mĂ©tĂ©o, le rĂ©sultat peut aller de la superbe religieuse drapĂ©e de soie rose au magma maronnasse et dĂ©goulinant. D’une manière gĂ©nĂ©rale, ça Ă©nerve le propriĂ©taire de la semelle et ça fait rire ses amis.
Finalement, tout cela ne serait pas bien mĂ©chant si nos merdouilles ainsi dĂ©posĂ©es n’Ă©taient une importante source de pollution :

  • Pollution visuelle et olfactive : lĂ , je n’ai pas besoin de vous le dĂ©crire plus, vous voyez de quoi je parle. Sachez juste que dans des conditions optimales, la dĂ©composition prend quelques jours, et que ça peut durer… indĂ©finiment !
  • pollution chimique et bactĂ©riologique : les dĂ©jections humaines non dĂ©composĂ©es (« compostĂ©es ») peuvent contenir des bactĂ©ries dangereuses pour l’homme pouvant se retrouver ensuite dans les eaux de ruissellement. A plus grande Ă©chelle, les dĂ©jections humaines principalement traitĂ©es en stations d’Ă©puration, sont responsables d’une part non nĂ©gligeable de la pollution azotĂ©e (les fameux nitrates) de l’eau.

Bref, ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Ne reculant devant rien, Zebloc vous propose donc ici une petite fiche pratique, car ce qui va sans dire va encore mieux en le disant. Alors mĂŞme si vous pensez que vous ĂŞtes dĂ©jĂ  au courant, jetez un coup d’Ĺ“il. Allez, tous Ă  vos pelles !!

Un peu de théorie / philosophie.

Vous avez peut-ĂŞtre dĂ©jĂ  le cigare au bord des lèvres, prenez quelques instants pour comprendre le but de la manĹ“uvre. Dans nos sociĂ©tĂ©s de « chasse d’eau », on a tendance Ă  se comporter comme si, une fois le caca soustrait Ă  notre vue, le problème Ă©tait rĂ©glĂ© (vous savez ce qu’il devient exactement, vous, quand vous tirez la chasse ??). Et bien non : ĂŞtre (choisissez le mot que vous prĂ©fĂ©rez) citoyen / Ă©co-responsable / respectueux de la nature / etc., c’est assumer jusqu’au bout l’avenir de nos merdes !
Et pour cela, le principe est simple : ce qui est venu un jour de la terre (je veux dire… avant les rayons de Carrefour) doit retourner Ă  la terre. Concrètement, vous devez vous assurer qu’une fois le dĂ©moulage effectuĂ©, tout cela est digĂ©rĂ© rapidement, facilement et efficacement par Dame Nature.
Fort rĂ©sumĂ©, on pourrait traduire cet « art de chier Ă©co » par l’art de transformer nos merdes en humus, en terreau, bref, en quelque chose d’utilisable par les plantes et qui ne contamine rien ni personne. Ceci Ă©tant dit, passons Ă  la pratique…

Le « oua-terre » selon Zebloc – situation normale

Par situation normale, on entend que vous vous trouvez sur un terrain de « terre »

Cherchez !

L’endroit idĂ©al est (forcĂ©ment) isolĂ©, prĂ©sente un sol suffisamment meuble pour pouvoir creuser, et surtout, est Ă©loignĂ© de tout Ă©coulement d’eau. Pour « Ă©loignĂ© », comptez au moins 50 mètres. On n’est jamais trop loin ! Evitez aussi les traces Ă©videntes de ruissellements temporaires (lits Ă  sec).
Emmenez avec vous le matĂ©riel nĂ©cessaire qui ne devrait jamais quitter votre sac, Ă  savoir votre pelle-Ă -caca : du modèle militaire robuste, mais lourd, Ă  la pellette de jardinage, tout fait l’affaire.

Deux mini pelles

Creusez !

ArmĂ© de votre pellette, creusez le trou destinĂ© Ă  recueillir le produit des pizzas d’hier. La thĂ©orie recommande de faire au minimum 15 cm de profondeur. Dites-vous que ce n’est jamais trop profond ! Pour la largeur, l’expĂ©rience montre qu’en dessous de 15cm * 15 cm, ça devient difficile de viser ! Et puis un caca fait en moyenne de 150 Ă  300 g, il faut un peu de place.

Notons que la taille de cette pelle n'est pas adaptée aux envies pressantes !

Notons que la taille de cette pelle n'est pas adaptée aux envies pressantes !

Poussez !

Confortablement accroupi, faites ce que vous avez Ă  faire. Un ami spĂ©cialiste de la question s’arrange toujours pour trouver un endroit proche d’un appui (un arbre, par exemple), afin de garantir une stabilitĂ© optimale. Chacun sa technique !

Chez ZeBloc, on fait des reportages sans trucage

Chez ZeBloc, on fait des reportages sans trucage

Nettoyez !

Les opinions en ce qui concerne le papier toilette divergent. Certains vous vendent mĂŞme du PQ spĂ©cial « bio dĂ©gradable » pour une fortune. Mais finalement, les vendeurs n’arrĂŞtent pas de vous dire « pure ouate de cellulose », en bref, du bois un peu cuit et touillĂ©. Donc a priori pas de gros soucis Ă  le laisser avec le reste. L’autre option, c’est de le mettre bien proprement dans un sac type Ziploc ® , et de ramener tout ça chez vous (Et une fois chez vous… dans les toilettes, donc Ă  la station d’Ă©puration, qui ne fera pas mieux que Dame Nature. C’est vous qui voyez…).

Touillez !

Mettez un peu de la terre que vous avez retirĂ©e pour faire votre trou par-dessus tout ça, et, armĂ© d’un bâton trouvĂ© alentour, touillez bien pour mĂ©langer caca, terre, et Ă©ventuellement papier. Disons moitiĂ©/moitiĂ© pour le dosage. A la fin, laissez votre bâtonnet dans le trou. N’allez pas utiliser votre jolie pellette pour ca, elle doit rester propre pour vos prochains cacas (et surtout pour votre sac).

Depuis combien de temps n'avez-vous pas joué avec votre caca ?

Depuis combien de temps n'avez-vous pas joué avec votre caca ?

Recouvrez !

Finissez de reboucher le trou, tassez bien. Et voila ! C’est comme si rien ne s’Ă©tait passĂ©, vous n’avez laissĂ© aucune trace, la Nature va digĂ©rer votre cadeau bien tranquillement et sans nuisance. C’est pas royal, ça ? Ne ressentez-vous pas la fiertĂ© et la tranquillitĂ© d’esprit du travail bien fait ?

Et voila du travail bien fait !!!

Et voila du travail bien fait !!!

Situations particulières

Le problème survient en gĂ©nĂ©ral quand le terrain sur lequel vous vous trouvez n’est pas capable de digĂ©rer votre caca. Les cas les plus frĂ©quents sont, pour nos activitĂ©s (surtout en falaise), les terrains Ă  graviers, les terrains sableux (type le Cul de Chien Ă  Bleau), et si vous ĂŞtes du type furieux, la neige.
Si vous avez bien compris la partie « thĂ©orie / philosophie », vous savez que VOUS ĂŞtes responsable de votre caca, et qu’un caca laissĂ© dans un tel terrain va, au mieux, rester intact un certain temps, au pire ruisseler Ă  la première pluie.

Félicitation à notre heureux gagnant, dont le caca mettra 30 ans à redescendre

Félicitation à notre heureux gagnant, dont le caca mettra 30 ans à redescendre

Il vous reste deux possibilitĂ©s : la première est basĂ©e sur un rĂ©gime riz / chocolat les deux semaines prĂ©cĂ©dant votre sortie. La deuxième est d’appliquer les techniques pratiquĂ©es avec succès et intelligence par nos amis amĂ©ricains sur les Big Walls du Yosemite, et d’assurer la rĂ©cupĂ©ration.
Pour cela, rien de compliquĂ© Ă  condition d’avoir prĂ©vu un peu Ă  l’avance un kit-Ă -caca, comprenant :

  • Quelques sacs, de prĂ©fĂ©rence en papier (du genre de ceux que vous donne le Primeur lorsque vous achetez vos pommes sur le marchĂ©), sinon en plastique
  • Un « container » Ă©tanche, de taille variable suivant la durĂ©e de votre escapade. Pour une sortie Ă  la journĂ©e, le kit « d’urgence » peut se contenter d’une boite plastique type tupperware . Pour les big-Wall de plusieurs jours, le matĂ©riel habituel est le Pooh-Tube , un montage de tube PVC avec 2 bouchons vissables Ă©tanches.

Pour la pratique, quand arrive le moment fatidique, Ă©loignez vous avec votre attirail. Vous faites votre caca dans un sac, rajoutez le papier. Vous pouvez, pour ĂŞtre plus sĂ»r, rajouter un sac en plus, et puis vous enfermez le tout dans la boite Ă©tanche, que vous viderez dans une poubelle une fois rentrĂ© chez vous. Ou mieux, dans votre compost (mais j’anticipe sur les sujets suivants…).
Vous l’avez compris, s’il y a plusieurs cacas, chacun son sac, mais tous vont dans la mĂŞme boite Ă  la fin.
Et voila, une fois de plus, vous ressentez la fierté du travail bien fait.

Conclusion

Bien sĂ»r, tout le monde le sait. Bien entendu, ce sont toujours les autres qui chient partout. Mais honnĂŞtement, si on faisait un sondage Ă  Bleau, combien auraient leur petite pelle dans la musette ? Combien d’entre nous (et moi le premier) ont un jour posĂ© un caca qui, peut-ĂŞtre y est encore ?
Aimer la nature et la respecter, c’est aussi ça, ĂŞtre responsable et assumer le sort de tout ce qui rentre chez nous… et finit par en sortir, sous une forme ou une autre.

• Pour aller plus loin…

Sur le vaste sujet qu’est le caca lors des activitĂ©s de pleine nature, un livre assez connu, plutĂ´t orientĂ© sports d’eau vives, Comment chier dans les bois de Kathleen Meyer, Ă©ditions Edimontagne. Y’avait pas de quoi en faire 200 pages, mais c’est plutĂ´t intelligent et documentĂ©.
Pour les problĂ©matiques de pollution de l’eau, la gestion des dĂ©jections humaines par compostage, une description dĂ©taillĂ©e du processus de compostage et les toilettes sèches (de plus en plus populaires), voir www.eautarcie.com .

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